Armand Gatti.

Hier soir, 20 avril, la Lutte Enchantée a participé en chanson à l’hommage à Armand Gatti dans le quartier de la Plaine à Marseille.

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Retour sur la ZAD en chanson.

Ce texte a été écrit après le 10 février par un participant marseillais à la fête de victoire de Notre dame des landes. Il est éclairant somme une fusée:    

Le 9 février 2018, c’était la fin de la déclaration d’utilité publique pour le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Un grand rassemblement était prévu de longue date pour le lendemain. Avec l’abandon du projet d’aéroport par le gouvernement, le ton y était plutôt à l’euphorie de la victoire.
Les chorales militantes auxquelles je participe avaient reçu d’un occupant de la ZAD une invitation à venir chanter une sélection des tubes écrits ou fanfaronnés dans le bocage ces dernières années. Parmi les nombreuses chorales ayant répondu à l’appel, nous étions une dizaine de choristes de la lutte enchantée motivé-e-s à relever le défi. C’est au terme d’une nuit entière de bitume et de répétition de chants que nous sommes arrivé-e-s à l’Ancre noire, le squat qui nous accueillait ainsi que d’autres choristes de Toulouse, du Diois et de Montpellier.
Il nous semblait évident de répondre à cet appel pour de multiples raisons. La ZAD est une des luttes majeures que nous suivons depuis de nombreuses années et nous y avions d’ailleurs organisé notre rencontre de chorales en lutte à l’été 2017 (voir CQFD de septembre 2017). Et puis, impossible de résister à une invitation à chanter, surtout dans le cadre d’un carnaval. C’est le premier de la saison et c’est tellement bon de retrouver nos rituels, de se maquiller, de se déguiser et de se perdre dans le charivari en chanson. Carnaval, c’est un passage symbolique entre l’hiver et le printemps. L’hiver, saison de la résignation, des coups qu’on encaisse et des défaites se meurt enfin et on célèbre le retour des jours plus cléments. Ce projet d’aéroport méritait bien de finir sur le bûcher mais c’est aussi tout son monde qui doit brûler. De nombreux collectifs de toute la France et même d’Italie ont livré aux flammes leurs démons : le site d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure, le pelletox du plateau de Millevache, les grues extractices de sable, l’EPR de Flamanville, le centerpark de Roybon, le TAV qui massacre déjà des vallées italiennes. Les mauvais jours finiront. Les époques changent, nos rituels et traditions aussi. Le carnaval n’est plus vraiment une fête de paysans libérés de la morsure de l’hiver et prêts à retourner travailler dans les champs mais il devient notre fête pour mettre le vieux monde à la casse et pouvoir à nouveau rêver d’un monde débarassé des dominations, des banquiers et de la spoliation.
Déjà nous commencions à réaliser qu’être là, ici et maintenant, ce n’était pas seulement divertissant, festif, joyeux, humide et boueux. Nous étions précisément au centre de l’univers, là où s’arrêtent les aiguilles des horloges. Nous étions venu pour chanter et festoyer et nous l’avons bel et bien fait. Tous nos chants de carnaval y sont passé, ainsi que tous les chants de la ZAD et bien sûr « touchez pas à la Plaine » qui a essaimé grâce à toutes les chorales. Les occupants de la ZAD ont joué un cabaret qui a permis a toutes les composantes de la lutte de prendre la parole, visage masqué, et de partager leur joie, leur poésie, leurs combats. L’émotion et la sincérité en était si palpable que les rires succédaient aux larmes sans interruption.
La ZAD va probablement devenir une base arrière pour toutes les autres luttes, comme cela a déjà été prophétisé. Nous étions tous invité-e-s à prendre un des bâtons qui avait été plantés sur la ZAD à l’automne 2016 (marquant la détermination de leurs porteurs à revenir défendre la zone en cas d’explusion) pour les ramener sur nos luttes respectives. Avec la lutte enchantée, nous avons donc récupéré deux bâtons pour venir les planter sur la butte au milieu de la Plaine. Du bocage nantais jusqu’au coeur de la cité phocéenne. D’un carnaval à un autre : c’est le 18 mars, lors du dix-neuvième carnaval indépendant de la Plaine, des Réformés, de Noaille et de la Belle de Mai, que ces bâtons viendront rejoindre les magnolias centenaires au centre de la place. Il y a tout à parier que si la mairie et la SOLEAM s’obstine à vouloir « requalifier » ce quartier, ils devront bientôt y affronter des tritons géants et autres esprits rebelles des zones humides en plus des habituels opposants et habitants du quartier.
Malgré le ton exalté de cette chronique, il convient de ne pas minimiser les tensions qui existent à la ZAD et les difficultés qui restent à surmonter. La destruction des cabanes sur la route des chicanes a été une décision contestée au sein du mouvement. Des désaccords persistent sur la conduite à tenir dans le cadre des négociations avec l’Etat et sur les compromis possibles. Et la menace des expulsions plane toujours sur la ZAD dès la fin de la trève hivernale. Pour certain-e-s, il y a un risque de marginalisation d’une partie du mouvement, qui peut être qualifié de plus radical, qui n’aurait plus sa place dans l’optique de négociation et de redistribution des terres et qui risque de tout perdre à l’issue des discussions avec le pouvoir. Pour ceux-lles là, la fête du 10 février pouvait aussi avoir un goût amer.

David.