Non je n’ai rien oublié.

La Lutte Enchantée n’a pas oublié de chanter pour rappeler Ayotzinapa et le rapt et la disparition de 43 étudiants dans l’Etat du Guerrero au Mexique. C’était il y a tout juste deux ans.
Nous avons donc chanté à Manifesten, 59 rue A. Thiers vendredi quelques morceaux en rapport avec les luttes au Mexique: L’Hymne Zapatiste, Son de la Barricada et La Llorona. Un film a été projeté en milieu de soirée pendant que le roi de la Tortilla 2015 préparait des omelettes en cuisine.

Un papier dans le Diplo: http://www.monde-diplomatique.fr/2015/08/GONZALEZ_RODRIGUEZ/53512
et un autre du déroulé à Marseille:

Massacrés sur la route.

Le 26 septembre 2014, les étudiants de l’Ecole normale rurale d’Ayotzinapa rentrant d’Iguala sont interceptés à bord de deux autocars par la police municipale. Un des pires drames du Mexique commence…

« 43 de nos camarades n’ont pas réapparus. La police municipale a enlevé ces étudiants. Nous en avons les preuves.» Le message de la délégation mexicaine venue à Marseille ce 11 mai fait froid dans le dos. Dans l’amphi Chimie de la fac St Charles, on ne trouve plus de place pour s’asseoir entre les cartons représentant les disparus d’Ayotzinapa, une ville du Guerrero, un état à l’ouest de Mexico connu pour sa ville d’Acapulco.
Un des orateurs insiste : « Au Mexique rien ne garantit les droits de l’homme. » Ni la recherche de la vérité car la police, devant la colère des familles des 43 étudiants de l’école rurale a présenté une version criminelle basée sur le narco trafic et a rendu des cendres mises dans des sacs poubelles, qui n’étaient pas celles de leurs enfants. « L’Etat mexicain s’est contenté de rendre des cadavres trouvés dans une fosse commune. » Trois délinquants ont été présentés devant les médias et offerts en pâture mais cette version est construite. Tout le monde au Mexique sait désormais que le commanditaire n’est autre le maire d’Iguala, une ville de 120 000 habitants. A l’automne le Mexique a connu une révolte dans tout le pays pour dire stop à l’impunité. « On ne peut demander des comptes aux mêmes institutions qui ont commis ces crimes c’est pour ça qu’on vous demande de la faire, ici et en bas ! » dit calmement un des étudiants survivants.

Ensuite Eleucadio prend la parole pour son fils Mauricio. Tout se tait. « Je vais vous raconter l’enfance de mon fils. Je suis paysan, je cultive du café. J’ai appris à mon fils comment on travaille dans les champs, planter la café, le mais. Quand il est arrivé au collège, il voulait continuer les études. Moi je vendais le café pour payer ses études. » Puis il raconte avec un accent à couper au couteau comment il avait appris l’enlèvement de son fils. « Quand je suis arrivé tous les parents étaient déjà à l’école. » Alors les familles ont organisé des meetings car dans le Guerrero les militants ne manquent pas, l’adversité et l’injustice sont l’ombre pesante sur l’histoire des paysans. Dans les années, 70 Lucio Cabanes est mort pour ce combat là. Eleucadio raconte l’enquête à sa façon, les mensonges de l’état, les ossements retrouvés qui « n’étaient pas les nôtres !» Les frissons naissent. Nos bouches déglutissent durement. Une jeune étudiante pleure doucement en haut de l’amphi. On écoute.

L’Etat mexicain est un monstre qui tue par milliers et qui n’a peur de rien. « Il nous a dupé. Il exigeait qu’on récupère ces ossements. » Eleucadio insiste sur l’injustice faite aux pauvres. « Nous sommes paysans et nous n’avons pas d’argent pour payer les avocats. » Heureusement de tous les pays ils furent soutenus. « Nous somme en temps de lutte. » Désormais la zone est militarisée et cette réponse est contre les victimes.
« Je suis de la montagne du Guerrero, je suis indigène. « Ils » faisaient des chemins pour l’extraction des mines d’or. Depuis nous ne permettons plus au gouvernement de venir au village. » Une situation qui est celle du Mexique depuis longtemps où il ne fait aucun doute que l’armée est contre la population. Les zapatistes et les habitants de Oaxaca en savent quelque chose.
Un dernier étudiant de la délégation prend alors la parole : « Nous ne sommes pas venus exporter nos problèmes, ni nous poser en victimes. Nous ne sommes pas venus pleurer, ni mendier mais le front haut, dénoncer un crime d’état. » Au Mexique en dehors des 43 disparus, il y a encore 30 000 et 60 000 assassinats en moins de dix ans. « Pourquoi les femmes de Ciudad Juarez sortent de leur travail et n’arrivent pas chez elles ? » accuse-t-il mettant en cause la double identité des narco et des serviteurs de l’Etat mexicain. « Quelle est la différence entre l’Etat Mexicain et le Narco trafic ? Nous on est nés la bas, on sait que c’est la même chose, la même famille. » Il accuse l’Union Européenne car des conseillers pour la Police et de l’argent sont offerts au gouvernement mexicain.
« Depuis 8 mois qu’on nous recherchons nos compagnons, nous sommes restés durs et fermes. » Et ajoute enfonçant le clou : « Qui peut croire un gouvernement qui ne présente pas les vrais corps ? »
« Je suis un survivant du 26 septembre. Nous avons vu la police cette nuit là. Nous avons vu nos compagnons saigner, comment ils ont emmené Carlos Mondragon, celui qui est réapparu sans visage le lendemain ! »
Pourtant devant tant de barbarie ils espèrent et demandent à ce que chaque eurodéputé se lève pour les droits de l’Homme comme ils se lèvent pour les investissements. « A coté de Marseille vous avez Eurocopter…sachez que l’Allemagne continue de vendre des armes au Mexique. Une délégation allemande est même venue présenter des excuses. »

On dit que les étudiants n’assistent pas aux cours. Ce soir là l’amphithéâtre était plein. D’émotion. Un tonnerre d’applaudissements a encouragé la délégation qui repartait vers Liège pour sa tournée Européenne.
CG.

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